Cultures

18
jan

19187639Droit au but !

La libération de Nelson Mandela, leader du Congrès National Africain (ANC), après vingt sept ans de prison, et son élection en 1995 à la tête de l’Etat Sud Africain, marquent de manière irréversible la fin du régime raciste, le terrible Apartheid. La même année, l’historique victoire des Springboks, équipe de rugby adorée des Blancs et haïe des Noirs, lors de la coupe du monde de rugby, fut un des symboles de La Naissance de cette nation. C’est ce qu’a parfaitement compris Clint Eastwood. Ni hagiographie, ni biographie, Eastwood se concentre sur son sujet : montrer comment Mandela arrivé à la Présidence, profitera de l’occasion que lui offre ce match pour lancer sa politique de réconciliation. Eastwood est ici porté par sa foi en une action et des personnages qui d’ailleurs le méritent : ténacité et courage pour Mandela et Pienaar, capitaine des Boks, incarnés par les excellents Morgan Freeman et Matt Damon. Et le film, dès l’ouverture, annonce la couleur : les Noirs jouent au football sur un terrain de fortune quand de l’autre côté de la route, les Blancs jouent au rugby sur un terrain  entretenu et parfaitement protégé. Ce qui s’oppose ici, marche par deux : Noirs – Blancs, Mandela – Pienaar ; ballon rond – ballon ovale, football – rugby ; garde rapprochée noire de Mandela et blancs nervis des anciens services spéciaux. Au début, chacun joue séparé. Au final, tous marcheront ensemble. Ce qui compte en sport comme en politique, c’est de faire équipe. Le tout est d’y croire. Comme ses personnages, le film avance, sincère, vrai, émouvant et malgré les raccourcis  inévitables dans une fiction de deux heures, plutôt bien documenté.  Eastwood a visé l’essentiel en un tir juste. Droit au but !

Laura Laufer

Entretien avec Anne Dissez, journaliste spécialiste  de l’Afrique du Sud.

Le film est très situé dans le temps

Oui, il se déroule au lendemain de la première élection démocratique qui a porté l’ANC au pouvoir et plus particulièrement Nelson Mandela. Je me souviens quand je suis arrivée là bas,  il y avait une grande terreur des Blancs qui disaient à propos des Noirs « ils vont déferler sur les villes quand ils vont comprendre qu’ils ont gagné les élections ». A partir de 1994 tout le monde avait le droit de vote pour tous au Parlement ; ça a été le grand changement, et c’est devenu un pays démocratique. Eastwood a bien compris l’atmosphère de 1994 où ces Blancs avaient une trouille bleue. C’est vrai qu’ils avaient raison d’avoir peur, s’ils pensaient à d’autre contexte de décolonisation tels le départ des colons d’Algérie en 1962. Mais en réalité, le contexte international était différent et c’était mal connaître le peuple noir : de même c’était méconnaître toutes les négociations qui avaient eu lieu avant entre l’ANC et les différents pays comme les Etats Unis, la Grande Bretagne, l’Europe du Nord plutôt. Le film a vraiment pour sujet la réconciliation, mais il ne fait pas de ce match de rugby le centre de cette affaire. Il ne hiérarchise pas. Comme je le disais les Blancs avaient peur mais les pays occidentaux avaient demandé des garanties qu’il n’y ait pas d’équivalent du procès de Nuremberg ou de règlements de compte. C’était une période très sensible où on était sur une ligne de crête. Mais même en Afrique du Sud aujourd’hui, on magnifie les luttes des townships et on passe sous silence le rôle de la pression internationale sur le régime. Lire la suite

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19
nov

lookingforericdvdA l’occasion de la sortie du film en DVD

La surprise des fans de Ken Loach a pu être conséquente en découvrant Looking for Eric. La dureté et la noirceur des ses récentes créations, traitant de la surexploitation des travailleurs clandestins (« It’s a free world ») « ) ou de la répression du mouvement national irlandais dans les années 1920 (« Le vent se lève ») ne laissaient pas prévoir ce dernier film.

L’apparition spectrale mais très réaliste d’Eric Cantona dans son propre rôle de héros retraité du football professionnel en est l’élément le plus spectaculaire (1) et divertissant. Celles et ceux qui n’auraient que peu de connivence avec l’idole de Manchester United  pourront quand même apprécier sa prestation pleine de retenue : le personnage central étant bien le « working class heroe » Eric Bishop, postier de son état et divorcé dépressif. Lire la suite

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12
nov

rubanblancHaneke situe l’action de son film dans un village isolé de Prusse orientale entre l’été 1913 et l’été 1914. Nous y pénétrons par la voix d’un narrateur, autrefois jeune instituteur dans cette communauté où les enfants accusés de concupiscence, devaient, en châtiment, porter un ruban blanc symbole d’innocence et de pureté. Une série d’événements tels accidents, incendie, agressions surviennent et chacun s’interroge dans un climat de soupçon et de délation. L’instituteur mène son enquête sans résoudre pleinement le mystère.

D’une facture classique d’un film en costumes, celui-ci revêt un peu l’aspect d’un thriller en noir et blanc composé de longs plans d’une rigueur méticuleuse laissant peu de place à la respiration ou à la liberté du spectateur. Certes, Haneke a créé quelques touches de vie pour rehausser le sordide de sa vision d’ensemble (l’enfant sauvant l’oiseau ou parlant de la mort, le baiser entre l’instituteur et son aimée), mais le style froid et glacé du cinéaste provoque peu d’émotions. Le hors-champ et l’ellipse pèsent des tonnes, le suggestif devient démonstratif, l’écriture fait système. La mise en scène surligne la rigidité d’une société fortement hiérarchisée où les puissants dominent une masse soumise et dont les enfants, sous le joug du fouet, héritent du Mal par l’Evangile et la loi des Pères. Ainsi se façonne une génération entière, bonne à embrasser plus tard le nazisme, et l’échantillon humain de ce village des damnés vaut pour représentation universelle. Telle est la thèse de ce film où la soumission tient lieu de destin par l’effet du déterminisme. Lire la suite

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12
nov

bidoneVenu du dessin de caricature et de la satire littéraire, Fellini transfigure le réel dans un cinéma reconnaissable entre tous, poétique et grotesque. Ses premiers films, le satirique Cheik Blanc ou l’émouvant I Vitelloni, dessinent le portrait d’une génération de petit-bourgeois bigots ou désœuvrés qui succède au fascisme, sa trilogie néoréaliste, d’inspiration chrétienne La Strada, Il Bidone, Les Nuits de Cabiria montrent exclus et parias touchés par la grâce.

Aujourd’hui sort en copies restaurées Il bidone, La Dolce Vita, 8 ½. Dans le premier, véritable chef d’œuvre tragique, Fellini montre le paysage d’une Italie où la misère du pauvre est exploitée par encore plus misérable, où le voleur, honteux et humilié, s’avilit chaque jour davantage abusant de la crédulité du pauvre, de ses superstitions, de ses croyances, de ses espoirs en une vie meilleure. Sous l’habit d’hommes d’Eglise ou d’officiels, on vole la valeur de quelques messes ou d’un logement social. Montrant des arnaques minables, le cinéaste s’attache au personnage central, l’escroc Augusto qui incarne, un des plus beau « clown» de son œuvre. Ici, pas de compassion. Ce rôle complexe, riche et très troublant est tenu par le formidable acteur Broderick Crawford lequel, derrière le physique épais du personnage, joue la douleur d’un homme déchiré, vieillissant, usé et qui, conscient de la bassesse de ses actes, marche à l’abattoir. Lire la suite

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10
oct

Documentaire utile et rigoureux, Rachel enquête sur la mort de Rachel Corrie, jeune pacifiste américaine écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne.

Avec ses jeunes amis d’International Solidarity Movement (ISM), Rachel était venue s’opposer à la destruction de maisons palestiniennes. Des jeunes gens venus défendre le droit à la vie contre la misère, le pillage, la dévastation et la mort. Des jeunes gens courageux, émouvants qui ont nom Alice, Joe, Will… Le film de Simone Bitton touche par son sujet tragique mais aussi par l’écriture choisie, très sensible et sobre. La mort de Rachel est-ce accident ou crime de l’Occupation israélienne? Dans la recherche de la vérité, Simone Bitton croise sources et documents : lettres de Rachel lues par ses proches, images du lieu du crime, témoignages de ses amis ou des Palestiniens présents, rapports officiels, diagrammes, archives télévisuelles, documents de l’armée… Lire la suite

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15
juil

faismoiplaisirFais-moi plaisir ! de et  avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Déborah François, Judith Godrèche.

Les films réalisés et joués par Emmanuel Mouret signent de nos jours ce qu’il y a de plus réjouissant dans le cinéma comique français. Mouret a créé un personnage  qui tient par son envie de séduire de l’Antoine Doinel de Truffaut, par son badinage savoureux des personnages des comédies de Rohmer et par sa propension à générer les situations absurdes comme à déchaîner les catastrophes de  ceux créés par Blake Edwards (Panthère rose ou l’Indien de La Party). Mouret construit de forts beaux gags, exercice qui exige rigueur et concision d’autant plus que dans Fais moi plaisir, nous sommes sur un sujet glissant.  Qu’on en juge : tout commence au lit avec un savant jeu de pieds  par lequel Jean – Jacques (Emmanuel Mouret)  exprime à sa compagne Ariane (Frédérique Bel) un désir érotique pressant que cette dernière éconduit. Ariane, capricieuse, exprimant bientôt sa  jalousie envers une inconnue (Judith Godrèche) dont la rencontre avec Jean-Jacques n’est pas que  fortuite, lui suggère de la revoir pour mettre leur couple à l’épreuve de la « modernité ». Le  galant ne résistera pas à la tentation se jetant ainsi dans une incroyable aventure.  De là, le récit nous emporte dans des  péripéties improbables, surprenantes, loufoques qui nous conduisent bientôt jusqu’à l’Elysée ! Quant à la morale de l’affaire, elle ne se situe pas là où on l’attend et sa chute, en un joli retournement de situation, troublera avec  délice le spectateur. D’ailleurs les chutes abondent, fort belles,  dans ce film où l’occasion de tomber, littéralement,  de haut ne manque pas ! Lire la suite

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